4 Novembre 2008
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26 Novembre 2008
1 Décembre 2008
8 Décembre 2008
9 Décembre 2008
11 Décembre 2008
3 novembre 2008 Hors série
3 novembre 2008 Hors série
14 Décembre 2008
15 Décembre 2008
16 Décembre 2008
17 Décembre 2008
21 Décembre 2008
22 décembre 2008
28 décembre 2008
Les portraits sont dans un premier temps suspendus dans un espace de séchage coté télévision puis accrochés dans un faux désordre sur les autres murs de la Halte.
27 Décembre 2008
2 Janvier 200neuf
4 Janvier 200neuf
5 Janvier 200neuf Hors série
7 Janvier 200neuf
8 Janvier 200neuf
10 Janvier 200neuf
15 Janvier 200neuf
18 Janvier 200neuf
20 Janvier 200neuf
21 Janvier 200neuf
Un trente huitième portrait est inachevé. Le modèle ne souhaite pas qu'il soit exposé.
24 Janvier 200neuf
25 Janvier 2009
30 01 200neuf Hors série
02 02 200neuf Hors série
C'est un rapport aux reproductions qui est proposé pendant cette période. Les œuvres d'art ont de tous temps été reproduites et déclinées sous différentes formes. Par la suite je jouerai avec les différents formats à ma disposition.
Pour la clôture de ce travail je fais un vernissage autour d'une Installation de " décrochage " où les portraits originaux sont ré-accrochés et côtoient des reproductions de différents formats et les portraits de l'équipe à l'encre de chine. Certains sont encadrés.
Le lieu est enfin transformé en Galerie d'Art Contemporain
Triptyque
16 mars 200neuf
J'utilise pour cette installation des bandes de mousse qui me servent à dessiner et à structurer l'espace et tout ce qui à été produit pendant l'hiver.
Le hasard du calendrier fait que cela tombe le 16 mars 200neuf. Jour légal où les expulsions peuvent reprendre...Le vernissage a lieu à dix huit heures. La Halte ouvre ses portes à 20h. Les modèles sont là qui attendent à la porte, la sécurité a eu des directives: l'entrée est filtrée, je suis mis devant le fait accompli, les modèles ne rentreront pas avant 20h. Les invités et le public peuvent admirer tranquillement le travail, me poser des questions. Je réussis à faire rentrer un modèle, je ne fais pas de scandale pour qu'ils puissent tous rentrer dès cet instant. Je suis accaparé et ne veux pas gâcher le vernissage. A 19h 50 le personnel commence à évacuer les visiteurs car... les gens de la rue attendent pour entrer. Quelques visiteurs résistent et restent encore une demi-heure où ils peuvent échanger avec les modèles, petite victoire sur une association, qui pour cette raison, restera dans l'anonymat.
Dans quinze jours la Halte de nuit fermera ses portes. (vue d'ensemble inachevée)
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La mousse représente une partie de ce qu'il m'a semblé être recherché par toutes ces personnes de passage, un peu de douceur, de bien être, un contraste avec la dureté de leur quotidien.
LES VISITEURS DU SOIR Josiane Scoleri
Avec les portraits de la halte de nuit, Hervé Courtain inaugure une nouvelle série. 35 + 2 hors-série.
Trente cinq, à cause du nombre de places disponibles à la halte. Deux hors - série, parce que quelques fois, on arrive à pousser un peu les murs...
Sur le plan de la technique, nous retrouvons l'huile sur papier et le format auquel il nous a habitués: 45cm x 32cm.
Pour ce qui est de la thématique, nous sommes au cœur d'un des sujets favoris d'Hervé Courtain : celui de l'anonymat.
Et qui de plus anonymes dans une société qui vise à nous amalgamer tous dans le formatage du grand laminoir médiatique, que ceux que nous en sommes arrivés à désigner par un sigle? Le sigle agit comme un écran ( un de plus ). Il enlève une part de réalité à ce qu'il désigne. Une manière d'escamoter l'insoutenable, de ne pas voir ce qui dérange.
La démarche d'Hervé Courtain va exactement à contre-courant de cette cécité organisée. D'abord, parce qu'en tant que peintre, il ne peut que « voir ». C'est sa fonction première. Ensuite parce que le choix du portrait implique une intensité du regard posé sur l'autre, une manière de le scruter, d'essayer de saisir sa personnalité, ses qualités, ses travers, sa flamme, son trouble. Et c'est là qu'il faut être deux.
En prenant l'initiative d'aller vers le peintre et de s'asseoir en face de lui, les visiteurs de la Halte s'affirment en tant que personne et prennent le risque du regard du peintre. D'abord parce que justement le peintre les regarde. De face. En face. Face à face. Longuement. Pendant au moins une demi-heure. Souvent plus. Quand avaient-ils été regardés ainsi la dernière fois? Qui s'en souvient? Il n'y a pas de place ici pour le regard fuyant du passant qui accélère le pas. Et personne ne peut jouer au passe-muraille.
Mais avec le portrait qui naitra de cet échange advient une deuxième prise de risque, encore plus substantielle, puisqu'il s'agit d'être vu par tous. Ceux qui sont présents ce soir-là, ceux qui viendront les autres jours, et tous les autres qui iront peut-être un jour voir le travail du peintre exposé ailleurs, hors du lieu qui l'a fait naître et où l'on ne saura rien du modèle.
On voit clairement que ce nouveau travail d'Hervé Courtain, va bien au-delà de la simple fonction de représenter quelqu'un ou de le reproduire par une image. Chacun saisit d'emblée la grande différence avec la photographie, prise immédiate, butin stocké d'office dans la boîte, quelquefois sans que le principal intéressé n'en sache rien et qui pourra faire l'objet de toutes les manipulations.
Le protocole d'Hervé Courtain prévoit au contraire que le portrait soit affiché dès son exécution, sans retouche possible, avec comme couleur de fond la couleur préférée du modèle. Au delà de la couleur, certains exprimeront le désir d'autre chose : un palmier, une ancre, le souvenir de quelqu'un et à chaque fois, le peintre accèdera à leur demande.
Mais pour celui qui pénètre pour la première fois à la Halte pour l'exposition de fin de parcours (le lieu est ouvert uniquement pendant les mois d'hiver), l'impression est saisissante.
Les 35 portraits + 2 sont bien là, installés très haut sur des cimaises improvisées. Mais ils se sont multipliés au passage. Les grands murs blancs – comme ceux de presque toutes les galeries d'art contemporain -, sont divisés en plusieurs sous-espaces par un fin trait de mousse grise. Du V central, comme d'une corne d'abondance, surgissent d'innombrables petits portraits, d'un format à peine plus grand qu'un timbre poste. Ils montent à l'assaut du mur, rencontrent d'autres portraits plus grands, encadrés de la manière la plus hétérogène qui soit, apparemment sans ordre. On reconnaît bien sûr les visages des portraits du haut, mais en demi-format. Dans certains cas, la mousse forment des cadres, vides avec un passe-partout de portraits (toujours les mêmes modèles mais en 7,5 cm x 5 cm), dans d'autres quelques portraits jouent la répétition, le dialogue, le face à face avec soi-même, ( le format a encore changé: 15 cm x 10 cm). Dans un autre encore, le fond est saturé. En s'approchant, on se rend compte qu'il s'agit de fragments de portraits déchirés, mais les trente-cinq sont bien là, en tout petit format, perdus au milieu du chaos, et visibles seulement pour celui qui prend la peine et le temps de regarder. Nous voici renvoyés à la problématique de départ.
23 03 200neuf Hors série
Dans les originaux - puisqu'il apparaît maintenant clairement que tous les formats plus petits sont des reproductions – nous sommes frappés par l'intensité du regard. Tous ces visages, par leur présence insistante, nous oblige à lever les yeux. Nous aussi, comme le peintre, nous nous attardons. Comment ne pas remarquer par exemple, que le bleu est la couleur de fond prédominante, loin devant les roses/ rouges et seulement 3 oranges, 1 jaune et 1 vert? Le bleu associé au calme, à la liberté, à l'espace infini de la mer et du ciel...
Deux feuilles totalement blanches surprennent et accrochent le regard. Ce sont deux portraits qui sont partis, emportés furtivement au petit matin. On comprend que le peintre ait pu être contrarié de voir disparaître son travail, mais comment ne pas penser que c'est peut-être finalement le plus bel hommage qui pouvait être rendu à l'artiste? De l'un de ces deux portraits, ne reste même pas le succédané photocopié. Il me plait de penser que c'est un original qui a su rester singulier, loin de toutes les techniques actuelles de reproduction mécanique.
Jeunes, vieux, hommes, femmes, toute la société défile devant nous. Force est de constater qu'une fois débarrassés du sigle censé les résumer, les visiteurs de la halte sont des messieurs et mésdames tout-le-monde, comme vous et moi. Ce n'est pas là l'un des moindres mérites du travail d'Hervé Courtain. Nous ne sommes ni dans le sensationnalisme de la plupart des reportages journalistiques encore moins dans l'apitoiement bien-pensant. Nous sommes simplement dans la grande fraternité des hommes.
Sur un des murs se balade un petit bonhomme tenant un ballon, frère rêveur au regard enfantin, prêt à s'envoler derrière son ballon dans le bleu du ciel. On voit bien que le rêve est universel.
23 03 200neuf Hors série
L'exposition ne s'arrête pas là. Sur le mur du fond, des portraits encore, mais cette fois-ci à l'encre de Chine. Trois feuilles, plein format (45cm x 32cm) qui regroupent toute l'équipe (employés et bénévoles) qui travaille à la Halte. Une première feuille où les visages sont comme enserrés dans des cases invisibles d'où très vite ils débordent pour se libérer de plus en plus dans les feuilles suivantes. Tous les membres du personnel qui ont pris à chaque fois cinq à dix minutes de leur temps et accepté de poser pour l'artiste ont dû eux aussi relever le défi du regard. Mais, connaissant la démarche d'Hervé Courtain, ils ne pouvaient manquer de prendre toute leur place dans ce travail.
Eux aussi, par leur travail et leur présence dans l'exposition témoignent de la fraternité des hommes.
On peut donc dire que le temps d'une soirée, Hervé Courtain aura transfiguré tout l'espace de ce refuge en une véritable galerie d'art contemporain. Il nous rappelle qu'une démarche sincèrement artistique n'est jamais coupée de la réalité et que l'artiste est là, bien au contraire, pour nous faire voir les choses autrement, comme peut-être nous ne les avions jamais vues. De même que ses modèles ne s'étaient peut-être jamais vus comme il les a révélés au monde et à eux-mêmes dans les portraits qu'il aura réalisés.
Josiane Scoleri
Avec mes très sincères remerciements à toutes les personnes qui ont accepté de se prêter à cette expérience singulière et à l'ensemble de l'équipe qui a facilité ce travail.
Hervé Courtain
Tous les soirs d’hiver, des hommes et des femmes se présentent devant la porte d’un centre d’accueil d’urgence. Le nombre de place à l’intérieur étant limité pour raison de sécurité, il est des soirs plus difficiles que d’autres où les intervenants doivent choisir entre ceux et celles qui entreront et ceux qui resteront dehors. Certaines règles de fonctionnement viennent donner quelques repères : priorité aux femmes, aux personnes âgées, à ceux particulièrement touchés par la maladie… Mais vient régulièrement un moment où ces repères ne dispensent plus les intervenants de faire un choix : qui faire entrer et qui laisser dehors ? Devant l’insupportable de ces choix à répétition, la structure spatiale fantasmée de l’institution est soudainement marquée par la dichotomie dedans-dehors, dichotomie qui n’en demandait pas tant pour asseoir sa prévalence imaginaire. Les murs ici deviennent rigides, opaques, dessinant les contours d’une alternative exclusive : soit on est dedans, soit on est dehors. La question qui travaille les intervenants et qui s’entend dans la culpabilité dont ils font part dans les séances de supervision devient peu à peu celle-ci : « comment sortir de cette dichotomie source de souffrance, comment lui supposer un au-delà alors même qu’on laisse un homme dehors dans le froid, sous la pluie ? ».
C’est précisément dans ce centre d’accueil qu’un artiste peintre a décidé de poser son chevalet et ses pinceaux le temps d’un hiver. Ce dernier proposant de faire le portrait d’« usagers » ou d’intervenants, les œuvres ainsi réalisées se sont mises soir après soir à habiller les murs blancs du local, laissant ainsi des traces du passage d’hommes et de femmes qui avaient accepté le rôle de modèle d’un soir. Trois remarques sur cette intervention :
Premièrement, en posant son chevalet dans ce centre d’accueil, l’artiste n’était animé par aucun élan de charité, aucune volonté de faire du bien, ni même aucune intention thérapeutique. Il est probable que les effets décrits ci-dessous soient en lien avec cette position qualifiable d’éthique qui exclut toute volonté pour l’autre.
Deuxièmement l’accrochage de ces portraits eut pour effet de littéralement trouer de regard ces murs qui paraissaient si opaques et épais. Ces regards, tout en étant insaisissables, surgissaient des portraits et perçaient de fenêtres les murs qui auparavant se donnaient pour impénétrables. Il ne s’agissait pour autant pas de regards accusateurs, surmoïques. Le regard des portraits, dans sa dimension de pulsion partielle, faisait trou dans l’Imaginaire institutionnel qui était encouragé par les fantasmes suscités par l’acte de fermer la porte : tout à coup, un au-delà du dedans-dehors se dessinait.
Troisièmement, les tableaux n’étaient pas là pour demeurer : dès le début il était prévu qu’ils seraient décrochés à la fin de la saison. Ceci eut pour effet de faire apparaître, à l’ouverture suivante, des « vides » laissés sur les murs. Ces vides, en même temps qu’ils renouvelaient l’aspect, l’apparence même des murs, manifestaient une nouvelle forme de trou : les traces de passage étaient effacées. L’absence des œuvres décrochées s’offrait donc comme support à un travail psychique d’effacement dont on sait l’importance. Effacer les traces des passages -tout comme des traces de pas- étaient moins les annihiler ou les expulser qu’en faire surgir l’éventuelle dimension signifiante : ces murs ne seraient jamais plus les mêmes du fait même du décrochage des portraits. Avènement du lieu comme « porte-empreinte de l’absence ». Ce n’est pas pour rien que Lacan a pu élever l’effacement de la trace à la dignité de l’acte. Cette question d’une possible valeur psychique de l’effacement prend dans la clinique de l’errance, qui est une clinique du pas -à entendre aussi bien comme le pas de la marche (forcé ou impossible), le pas de tout ce qu’on n’a pas, ou encore comme le pas de porte sur lequel on fait la manche…- une importance, un relief particulier.
Ainsi, le dispositif de l’intervention artistique (portrait, accrochage puis décrochage) venait entamer les murs en ce qu’ils ne pouvaient plus donner à penser l’institution seulement selon la dichotomie dedans-dehors. Les murs avaient été troués de regards, et le regard que portaient sur eux les intervenants s’en trouvait modifié : il y avait eu une autre expérience subjective que celle du dedans/dehors. C’est ici l’occasion d’avancer sur cette différence entre cadre et dispositif.
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